L'oeuvre de la quinzaine

Printemps des poètes du 9 au 31 mars 2026 : " La liberté. Force vive, déployée. "

Par FREDERIQUE ASTOUBE, publié le dimanche 8 mars 2026 10:37 - Mis à jour le dimanche 8 mars 2026 11:04

Forough Farrokhzâd (poétesse iranienne, 1935 -1967)  « Captive »,  1955 

 

Je te désire mais jamais je le sais 

contre toi je ne me blottirai 

toi vaste ciel éclatant 

moi dans sa cage oiseau captif 

Derrière ces barreaux sombres et froids 

je te regarde éperdue et j’attends 

qu’une main ouvre la porte 

pour m’envoler vers toi 

 

J’attends le moment propice

pour voler loin de cette prison obscure 

pour rire à la face du geôlier 

et avec toi ma vie recommencer 

 

Je rêve mais jamais je le sais 

je n’aurai la force de quitter cette cage 

Si mon geôlier me laissait m’envoler

je n’aurais pas de souffle pour voler 

 

Derrière les barreaux au matin 

                 radieux

un enfant me regarde souriant

et m’envoie un baiser

si je chante un air joyeux 

 

Si je voulais un jour ô Ciel !

fuir cette obscure prison

que dire aux larmes de cet enfant ?

Oublie-moi car je suis oiseau captif

 

Je suis la flamme qui du feu de son cœur

illumine une maison en ruine

et je choisirais de m’éteindre

pour jeter le foyer dans la douleur ?

 

Publié dans Souviens-toi de l’envol, anthologie établie par Franck Merger et Niloufar Sadighi, traduction du persan par Franck Merger et Niloufar Sadighi, maelstrÖm reEvolution, Bruxelles, 2023