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Un Jour de Pluie à New York : une auto-caricature d’Allen ?

Par VIRGINIE REBULL, publié le mardi 21 janvier 2020 11:31 - Mis à jour le mardi 21 janvier 2020 21:05
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Critique de Benjamin Chenou

Critique de Un Jour de Pluie à New York

par Benjamin CHENOU

 

Un Jour de Pluie à New York : une auto-caricature d’Allen ?

 

Woody Allen est un réalisateur qu’on ne présente plus, c’est la figure emblématique du cinéma indépendant new-yorkais et américain. Un Jour de Pluie à New York est son 49e long métrage et vient clôturer des années 2010 en demi-teinte pour Allen où, comme pour le Blue Jasmine de 2013, il a été plutôt boudé par la critique.

Un Jour de Pluie à New York nous emmène, oh surprise, à New York où Gatsby Welles (interprété par Timothée Chalamé), sorte de « golden boy » à peine pubère issu de la haute bourgeoisie de la ville, invite sa petite amie Ashleigh Enright (jouée par Elle Fanning), fille brillante et journaliste-étudiante, à passer un week-end dans la grande pomme. Et ça tombe bien, elle doit y rencontrer Rolland Pollard, cinéaste de renom, pour une interview. Problème, Pollard est en pleine crise existentielle et artistique et disparaît. Ashleigh va partir à sa recherche avec Ted Davidoff, son scénariste, pendant que Gatsby erre dans New York, retrouve de vieilles connaissances et tente d’éviter sa famille à tout prix.

 

 

 

Comme on peut le comprendre déjà avec ce court synopsis, Un Jour de Pluie à New York rassemble tous les clichés possibles autour du cinéma de Woody Allen. Une histoire de la bourgeoisie intellectuelle new-yorkaise, un personnage qui s’ennuie et qui de surcroît, a des problèmes relationnels avec sa mère. New York, rien que cette ville, rien que son nom, inspire le plan culte de Manhattan, sur le Brooklyn Bridge. Mais les clichés « alleniens » ne sont pas tous à jeter : si il y a bien une chose qui est toujours aussi savoureuse dans les films d’Allen, ce sont bien les dialogues. C’est la force du cinéma de Woody Allen, qui est extrêmement bavard tout en réussissant à placer une blague, même très subtile, un jeu de mots ou un dialogue très bien senti à chaque phrase. Ce qui permet d’éviter un certain ennui et de donner quelque chose de plus à une scène de dialogues en champ/contre-champ. Et le film est autant rempli de bourgeois intellectuels que de références culturelles parfois plutôt drôles : « Quand il boit, il déprime, va aux studios et se prend pour Norma Desmond » (référence évidente au Sunset Boulevard de Billy Wilder). Des références culturelles qui servent même à caractériser certains personnages comme Gatsby qui dit préférer Charlie Parker à la musique classique qu’on lui a apprise, même si opposer jazz et musique classique faire vraiment vieille bourgeoisie, surtout en prenant Charlie Parker en exemple. Gatsby s’improvisera d’ailleurs comme un ersatz de Chet Baker au milieu du film en jouant Everything Happens To Me, une des ballades caractéristiques du chanteur/trompettiste.

 

 

Mais tout de même, Allen ne fait pas que montrer la haute bourgeoisie. Effectivement, dans les séquences où l’on suit Ashleigh à la recherche de Rolland Pollard, nous présentent une autre forme de bourgeoisie, le show-business. Allen va s’amuser à ridiculiser ce monde avec les personnages de Tedd Davidoff, joué par Jude Law, archétype du scénariste dépressif et (en plus) cocu, ou Francisco Vega, interprété lui par Diego Luna qui s’interprète presque lui-même dans ce rôle d’acteur playboy.

 

Mais même en tapant (gentiment) sur les bourgeoisies de New York, Allen donne une image presque surréaliste de New York, tout est propre, beau et lisse. Le New York de Woody Allen est un New York de cinéma, presque une vision fantasmé, ou alors, c’est comme ça que les bourgeois voient le monde.

 

Un Jour de Pluie à New York n’est ni un bon ni un mauvais Woody Allen, il a surtout l’air d’un film « témoin ». Allen joue avec l’auto-caricature tout du long, on est même surpris qu’il ne brise pas le quatrième mur ou ne fasse pas du métahumour en citant Manhattan par exemple. Dans cette caricature, Allen y injectera de son soi, au délà de l’amour pour sa ville, et semble se projeter dans ses personnages : Gatsby Welles, le golden boy adorateur d’art et amoureux de New York, et Rolland Pollard le réalisateur névrosé.